mercredi 17 octobre 2012

Fiction et poème

Il y a dans l'action d'écrire quelque chose d'éminemment personnel qui tire le Soi vers l'universel pour que ce que l'on écrit puisse être lu par autrui.
Il y a quelque chose de formidable dans la façon dont les souvenirs sont filtrés par la main qui se transforme en prisme et retrace des histoires où l'auteur reconnaît ces souvenirs, ces personnes, ces lieux, pour ce qu'ils sont, et en même temps, ne les reconnaît pas, tant la main inspirée par la muse au souffle créateur les a modifiés, transfigurés, poétisés.
Ainsi les personnes deviennent des personnages, plusieurs personnes donnant parfois naissance à un seul personnage. Et les souvenirs deviennent des points d'une histoire qui n'a plus rien à voir avec le réel. Au point qu'ils s'effacent pour laisser place à une fiction qui se doit d'apparaître réelle au lecteur, et qui l'est en tous cas pour l'auteur.

Mais il en est autrement dans la poésie. Où l'on est habité par le son et l'image, non pas sur un mode cinématographique comme pour la fiction, mais sur le mode figé pour l'image et musical pour le son. Puisqu'un poème est, finalement, une chanson. Avec un rythme, un son, un phrasé, qui conjure l'image qui correspond à sa vibration.
Et cette vibration est en terrible résonnance avec la vibration interne du poète. Finalement, je pense que le poème dit plus sur celui qui l'écrit que toute fiction - même très nettement auto-biographique...

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