mercredi 17 octobre 2012

Fiction et poème

Il y a dans l'action d'écrire quelque chose d'éminemment personnel qui tire le Soi vers l'universel pour que ce que l'on écrit puisse être lu par autrui.
Il y a quelque chose de formidable dans la façon dont les souvenirs sont filtrés par la main qui se transforme en prisme et retrace des histoires où l'auteur reconnaît ces souvenirs, ces personnes, ces lieux, pour ce qu'ils sont, et en même temps, ne les reconnaît pas, tant la main inspirée par la muse au souffle créateur les a modifiés, transfigurés, poétisés.
Ainsi les personnes deviennent des personnages, plusieurs personnes donnant parfois naissance à un seul personnage. Et les souvenirs deviennent des points d'une histoire qui n'a plus rien à voir avec le réel. Au point qu'ils s'effacent pour laisser place à une fiction qui se doit d'apparaître réelle au lecteur, et qui l'est en tous cas pour l'auteur.

Mais il en est autrement dans la poésie. Où l'on est habité par le son et l'image, non pas sur un mode cinématographique comme pour la fiction, mais sur le mode figé pour l'image et musical pour le son. Puisqu'un poème est, finalement, une chanson. Avec un rythme, un son, un phrasé, qui conjure l'image qui correspond à sa vibration.
Et cette vibration est en terrible résonnance avec la vibration interne du poète. Finalement, je pense que le poème dit plus sur celui qui l'écrit que toute fiction - même très nettement auto-biographique...

mercredi 10 octobre 2012

Passé


Il y avait les nuages

Qui dessinaient des monstres

A la gueule hurlante

Vivants

Il y avait les jonquilles

Cueillies au matin couchant

Eclairant la table

Du salon

Il y avait les fulgurances

D’un avenir pas encore né

L’infinité des rêves

Qui gonflent sans éclater

Il y eût les questions,

Les doutes et les certitudes

Sur ce qu’il y avait derrière

Les nuages informes

Il y eût les conversations,

La parole du juge et du jury

Echangée par-dessus

Les jonquilles fanées

Il y eût les souvenirs,

Brûlants, amers,

Puis bientôt

Oubliés
 
 
 

mercredi 3 octobre 2012

le Temps


J’ai tué le temps

En regardant les photos jaunies

Du passé des autres

En contemplant les aiguilles de l’horloge

Crever l’espace

En comptant les cheveux blancs

Du miroir

En rêvant la nostalgie et le regret

Inutiles, dérisoires

En cherchant à assassiner les secondes

Vainement

En assistant impuissante au spectacle

De leur multitude croissante

De leur fourmillement vertigineux

En voyant le crépuscule devenir nuit

La nuit devenir aube

L’aube devenir jour

Le jour devenir sombre

J’ai tué le temps
 

Puis, c’est lui qui m’a tuée
 

Jayne Doe